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Discours de Nicolas Sarkozy pour la jeunesse :l'UNEF dénonce l'insuffisance des mesures envisagées pour protéger les jeunes de la crise

Au-delà de quelques mesures d’urgence utiles qui vont dans le bon sens (comme la mise en place d’un 10ème mois de bourse réclamé par l’UNEF), le discours de Nicolas Sarkozy en faveur de la jeunesse contient bien peu de décisions fermes d’application immédiate et oscille entre le bricolage de l’existant et la mise en chantier « d’expérimentations » qui sont un alibi pour ne pas agir.
Ceux qui craignaient que ces mesures soient couteuses doivent être rassurés. Les jeunes, eux, ont des raisons de craindre un avenir rendu difficile par la crise et l’absence de réponse à la hauteur de leurs besoins. Sur l’autonomie financière et la lutte contre le chômage des jeunes, le compte n’y est pas.
 
Contrairement à l’ambition initiale, les annonces présidentielles ne dessinent pas les contours d’un nouveau pacte entre les jeunes et la société. Pire, derrière les mots, les décisions du président témoignent d’un manque de confiance dans la jeunesse dont la société peine à sortir : il n’y a pas de rupture avec l’idée du prétendu « manque d’expérience » qui justifie le bizutage social qui est imposé aux jeunes lors de l’entrée dans la vie active. Et aider les familles et les employeurs comme le propose Nicolas Sarkozy, ce n’est pas systématiquement aider les jeunes!
 
10ème mois de bourse : l’UNEF a été entendue !
 
L’UNEF se félicite que le tabou qui entourait l’instauration d’un 10ème mois de bourse pour couvrir les dépenses étudiantes du mois de septembre soit enfin tombé. Cette revendication portée depuis plusieurs années par l’UNEF et les étudiants semble enfin avoir été entendus.
 
Il reste néanmoins à en concrétiser l’application. Le président a en effet évoqué la nécessité d’allonger l’année universitaire. Nicolas Sarkozy ignore t-il que les étudiants travaillent déjà en septembre ? Depuis la réforme LMD, plus de 75% des étudiants (en université, CPGE, IUT, STS) reprennent  désormais les cours avant le 15 septembre sans toucher d’aide. Et les activités pédagogiques (réunion de prérentrée, accueil des étudiants) exigeant la présence d’étudiants débutent en septembre dans plus de 90% des universités! Pour les boursiers, c’est donc travailler plus pour être aidé moins (voir tableau ci-joint)! Pour que 500 000 boursiers perçoivent de 160€ à 460€ en plus chaque année, l’UNEF demande que les moyens nécessaires à la mise en œuvre de ce 10ème mois de bourse soient votés par le Parlement à l’occasion du débat budgétaire pour une mise en œuvre immédiate de cette mesure.
 
Alors que 23% des étudiants renoncent à des soins pour raisons financières, l’UNEF se félicite du doublement du montant de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (qui passe de 100 à 200 euros). En revanche, l’UNEF craint que peu d’étudiants en bénéficie du fait de la nécessité de disposer d’une déclaration fiscale indépendante. L’UNEF demande son versement sous la forme de « chèque santé » aux étudiants afin de prendre en compte leur autonomie.
 
RSA étendu aux jeunes  actifs : l’UNEF dénonce une annonce en trompe-l’œil!
 
Le président a annoncé l’extension du RSA aux jeunes de 18 à 25 ans. En pratique, aucun jeune de moins de 25 ans ne pourra bénéficier du RSA de base. Il s’agit en réalité d’une annonce en trompe l’œil : l’ouverture du RSA de base est un droit fictif qui ne peut tromper les jeunes!
 
Les jeunes remplissant les conditions fixées par Nicolas Sarkozy (avoir travaillé au moins 2 ans au cours des 3 dernières années) peuvent déjà bénéficier de l’indemnisation chômage et n’auront ainsi pas le droit de les cumuler avec le RSA ! Pour les 300 000 jeunes au chômage non-indemnisés, ils ne peuvent remplir les conditions d’éligibilité au RSA et restent donc sans aucun droit social  et exclus à cause de leur âge des minimas sociaux ! Au final, il ne reste de l’annonce du président qu’une extension du RSA « complément de revenu » pour les 160 000 jeunes déjà au travail. Pour ces jeunes actifs, il s’agit d’un coup de pouce de 50 à 100 euros par mois en terme de pouvoir d’achat qui est le bienvenu. Maisnous sommes bien loin de la volonté affichée de faire entrer les jeunes actifs dans un dispositif de droit commun lié au statut de travailleur sans critère d’âge !
 
Pour le Président, l’âge et le « manque d’expérience » sont toujours un prétexte pour maintenir toute une génération sans statut social ni ressourceDe nombreux jeunes ayant connus d’importantes périodes de chômage ou venant d’entrer sur le marché du travail restent exclus de la mesure. Et aucun dispositif suffisant n’est prévu pour les jeunes sans ressources, étudiants ou chômeurs !
 
 
Non à la dotation, oui à l’allocation !
 
Obsédé par le « refus de l’assistanat », le président élude l’enjeu majeur d’une nouvelle politique de jeunesse: donner aux jeunes les moyens d’être autonomes financièrement pour réussir leur formation initiale et leur insertion sociale et professionnelle.
 
L’annonce de l’expérimentation d’un mécanisme de « dotation » (de 1000 € à 4000 € versés à 18 ans) et d’un dispositif « d’allocation d’autonomie » revendiqué par l’UNEF(revenu contractualisé versé régulièrement pour réaliser un projet de formation ou d’insertion) renvoie à une perspective lointaine et incertaine la mise en place d’un réel statut social pour les jeunes. L’UNEF rappelle son opposition à la dotation envisagée par Martin Hirsch: l'attribution d'un capital de départ masque en réalité l'insuffisance de l’investissement de la société dans sa jeunesse. L’UNEF réaffirme sa détermination à défendre la mise en place d’une allocation d’autonomie, universelle, dont le montant serait calculé en fonction de la situation de chaque jeune (et non des parents) et d’un montant suffisant pour donner à tous les moyens d’étudier et de faire leur choix d’orientation et d’insertion.
 
Au final, l’UNEF estime que l’objectif de renforcement de l’autonomie des jeunes n’aura été qu’un alibi: le refus de redéployer les aides fiscales aux familles en direction des jeunes est un exemple du souhait de maintenir la dépendance familiale après 18 ans, alors qu’elle est source d’inégalités.
 
L’UNEF dénonce l’absence de réponse face au développement du chômage des jeunes
 
En matière de lutte contre le chômage des jeunes, le Président de la République ne semble pas avoir pris la mesure de l’ampleur des difficultés des jeunes sur le marché du travail. Nicolas Sarkozy ne propose que de bricoler l’existant et reste évasif sur les véritables difficultés: la pénurie d’emplois qualifiés, les suppressions d’emplois dans la fonction publique, les dérogations au droit du travail, le développement de l’emploi précaire et l'accès au CDI. Le renforcement de l’alternance n’offre pas de solution d’embauche pour les 650 000 jeunes entrés cette année sur le marché du travail, c’est un dispositif de formation dont le taux de rupture est en moyenne de 25%. Faciliter la création de contrats d’alternance ne saurait tenir lieu de politique de l’emploi pour les jeunes. Et l’extension du RSA aux 18-25 ans ne permet pas de lutter contre le chômage : les jeunes ne sont pas au chômage parce qu'ils manquent d'"incitation" à travailler, mais à cause du recours aux contrats précaires et de la pénurie d’emplois sur le marché du travail!
 
Alors que 650 000 jeunes diplômés entrent sur un marché du travail sinistré, que 62% des jeunes diplômés en 2008 n’ont toujours pas trouvé de travail au bout d’un an, et que le faible coût du licenciement d’une jeune salarié risque de mettre les jeunes à nouveau en première ligne des suppressions d’emplois à venir, l’UNEF s’inquiète de l’absence de réponse du gouvernement au chômage des jeunes.

Si rien n’est fait rapidement, une génération entière va traîner comme un boulet pendant toute sa vie professionnelle les difficultés d'insertion dues à la crise. 

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