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Grand Emprunt : l'UNEF demande au Président de la République de revoir sa copie (14/12/2009)
Nicolas Sarkozy a rendu public ce matin les priorités retenues dans le cadre du « Grand Emprunt » suite à la remise du rapport Juppé-Rocard. Sur les 35 milliards d’euros qui seront empruntés, le président de la République a annoncé que 8 milliards d’euros seraient consacrés à l’enseignement supérieur. Si les sommes engagées témoignent à elles-seules du sous-financement dans lequel la France a laissé ses universités, l’UNEF estime que les priorités retenues par le Président de la République vont creuser les inégalités entre universités et n’apportent aucune réponse aux attentes des étudiants. Elles ne permettront pas à notre pays de mieux préparer l’avenir en relevant les défis qui se posent à notre enseignement supérieur.
Une augmentation de la concurrence entre universités
L’attribution des 8 milliards d’euros a pour objectif de « faire émerger 5 à 10 campus d’excellence ayant les moyens, la taille critique (…) qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales ». Cette décision va avoir pour conséquence d’accroître les inégalités et la concurrence entre universités. L’objectif d’une politique universitaire digne de ce nom ne doit pas être de tirer quelques établissements du lot pour les rendre compétitifs sur le plan international et grappiller quelques places dans le très contesté classement de Shanghai, mais bien d’emmener l’ensemble de notre système vers l’excellence. Pour préparer l’avenir, il est indispensable de permettre à plus de jeunes d’obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. La France est en retard en la matière : à peine 37% des jeunes français diplômés de Licence (en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE) et forment 10 000 docteurs par an (quand l’Allemagne en diplôme 25 000 par an).
Pour l’UNEF, le président de la République se trompe de priorités. En faisant le choix de faire émerger 5 à 10 pôles d’excellence, Nicolas Sarkozy relègue durablement les petites universités au second plan alors même qu’elles jouent un rôle essentiel pour la démocratisation de l’accès aux études. Ce faisant, il tourne le dos à cet objectif d’augmentation du nombre de diplômés pourtant indispensable pour rattraper le retard de la France en la matière et pour préparer l’avenir.
L’UNEF réclame donc un débat national sur l’aménagement du territoire en matière d’enseignement supérieur préalable à tout investissement futur, afin de garantir l’accès du plus grand nombre aux études supérieures. Il est urgent de donner des perspectives de développement sérieuses aux universités de villes moyennes qui jouent aujourd’hui un rôle majeur pour la démocratisation de l’enseignement supérieur.
Construire les « meilleures universités du monde »… sans les étudiants ?
Alors que plusieurs milliards d’euros sont programmés pour quelques campus, les étudiants sont les grands oubliés de l’emprunt.
Malgré la crise, rien n’est prévu dans le « Grand emprunt » pour améliorer les conditions de vie étudiantes et l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Il est paradoxal de voir que certaines priorités étudiantes, comme la mise en place d’un 10ème mois de bourse représentant 155 millions d’euros, ne sont pas toujours pas financées alors qu’elles ont été dûment annoncées par le président de la République.
Pour construire les « meilleures universités du monde », des investissements forts étaient également attendus, pour la mise en place d’un plan pluriannuel de recrutement de 2500 enseignants-chercheurs et 500 personnels BIATOSS par an pendant 5 ans, afin de rattraper le sous-encadrement chronique dans les premiers cycles universitaires (en dessous de la moyenne de l’OCDE) ; ou pour rattraper les retards de l’Etat en matière de constructions de logements étudiants. Alors que moins de 7% des étudiants ont accès à une chambre du CROUS, l’Etat ne respecte même pas ses engagement de construire 5000 logements par an jusqu’en 2014 (3800 en 2009). Pour atteindre les objectifs du plan Anciaux, l’UNEF demande un plan massif d’investissement pour construire 6400 logements par an jusqu’en 2014
L’UNEF s’inquiète de la volonté affirmée par le président d’exclure les étudiants des jurys en charge de sélectionner les projets comme des futures instances de gouvernance « observées dans toutes les grandes universités de recherche du monde ». On ne construira pas l’université de demain sans les premiers concernés, les étudiants.
L’UNEF exige donc l’ouverture d’une large concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire et demande au gouvernement de revenir sur les priorités de financement retenues dans le cadre du « Grand Emprunt ».
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