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L'UNEF demande à Valérie Pécresse l'ouverture d'un débat national sur la place et le rôle des grandes écoles (06/01/10)
Le refus de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) de réformer les voies d’accès à ses établissements pour atteindre l’objectif fixé par le gouvernement de 30% de boursiers appelle une réponse forte de la part des pouvoirs publics.
L’UNEF juge la position de la CGE scandaleuse. Prétendre que tout autre politique que celle consistant à aider individuellement les étudiants « mènerait inévitablement la baisse du niveau moyen » s’apparente à un fétichisme du concours unique et sous-entend que les étudiants issus de milieux favorisés ont le monopole du travail, de l’intelligence et de la motivation. Ce faisant, les grandes écoles se défaussent de leurs responsabilités et estiment que tous les efforts doivent être fournis par le système scolaire en amont des barrières sélectives. Il s’agit d’une réaction d’auto-défense d’une élite sociale qui refuse de s’ouvrir et qui ne peut que fragiliser l’avenir même de ces écoles à terme.
Des « quotas », que refuse la CGE bien que le gouvernement ne les ait jamais évoqués, ou des dispositifs de discrimination positive à la marge sont insuffisants et inadaptés pour démocratiser les grandes écoles. L’UNEF rappelle que les classes préparatoires comptent aujourd’hui 30% de boursiers uniquement suite au relèvement des plafonds de ressources ouvrant droit à une bourse, et non suite à une modification de la composition sociologique de ces filières. L’objectif de démocratisation des grandes écoles nécessite des mesures énergiques allant au-delà d’objectifs non contraignants, que la CGE refuse d’ores et déjà de mettre en place.
La sélection à l’entrée de ses établissements est un anachronisme sur lequel il est urgent aujourd’hui de revenir. Toute sélection « académique » est porteuse de biais sociaux. De profondes modifications des modes de sélection sont indispensables : articulation entre admissibilité et admission, instauration d’épreuves orales, gratuité et regroupement des épreuves, prise en compte du projet et de la motivation. La diversification des voies de recrutement comme la généralisation des passerelles avec les universités sont nécessaires. Pour combattre les phénomènes « d’autocensure » chez certains lycéens, et pour rendre ces écoles effectivement accessibles à tous, l’UNEF réclame une lutte contre la sélection par l’argent et la baisse des droits de scolarité pouvant s’élever jusqu’à plusieurs milliers d’euros.
L’Etat, qui finance certaines de ces écoles et qui accorde sa reconnaissance à leurs formations, dispose aujourd’hui des moyens de contraintes nécessaires pour imposer à ces établissements des obligations de service public.
Plus largement, l’UNEF estime que le temps est venu de réformer en profondeur le mode de formation des élites en France. La partition historique de l’enseignement supérieur français entre grandes écoles sélectives qui fonctionnent en vase clos et les universités est en elle-même facteur de reproduction sociale. Cette situation conduit les élites à se reproduire entre elles à l’écart de l’université et de la recherche. L’UNEF demande la fin du monopole de fait des grandes écoles pour la formation d’excellence dans certains secteurs (gestion, administration, ingénieurs) et l’intégration de ces formations au sein des universités. La revalorisation de l’université est à ce prix. L’UNEF demande à court terme l’intégration des classes préparatoires au sein des universités et juge nécessaire le rapprochement des grandes écoles de l’université.
L’UNEF demande à Valérie Pécresse et au gouvernement l’ouverture d’un débat national sur la place et le rôle des grandes écoles dans notre système d’enseignement supérieur, sans lequel la démocratisation de l’enseignement supérieur restera lettre morte et la polémique actuelle sans lendemain.
La démocratisation des grandes écoles ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Alors que moins de 50% d’une classe d’âge accède à l’enseignement supérieur, la reproduction sociale existe aussi à l’université, notamment pour le choix d’études longues.
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